Lettre ouverte de Claude Mazauric

Publié le par Section de la Gardonnenque du PCF


 

LETTRE OUVERTE AUX 105

par Claude Mazauric


Je reviens à vous parce que votre prise de position en faveur de Frêche au second tour des élections régionales, blesse profondément ma conviction de ce que doit être la justesse en politique et l’idée que je me fais de la responsabilité morale d’un(e) élu(e) communiste, désigné(e) par son parti pour affronter victorieusement le suffrage, dit « universel ». Certes, modeste historien et simple citoyen adhérent du parti communiste français depuis cinquante-huit ans, je ne suis pas plus dépositaire de la norme que tout autre et, si d’ailleurs je l’étais, je ne l’imposerai à personne me contentant simplement, comme militant, d’en appeler au respect des principes. Mais, face à la rudesse d’un débat clarificateur qui ne fait que commencer, je revendique ma libre parole, publique le cas échéant, à laquelle vous répondrez si vous le pouvez, si vous l’osez.

Avez-vous oublié à quel type de politicien se rattache le sieur Frêche ? Ici, ailleurs, à la télévision, dans les gazettes, on le présente quelquefois comme une sorte de Raimu languedocien, à la parole truculente, aux parler vrai, à la manière de tout un chacun, un poussah à la larme facile, au cœur généreux, à la faconde toute pagnolesque. Poussant loin le bouchon, Alary lui a même offert, en supplément, la qualité de « visionnaire » ! On attend que vienne le moment terminal du culte de la personnalité… Lequel ne devrait pas tarder au vu des articles hagiographiques de Midi-Libre et des déclarations de Pietrasanta et de Gayssot.

 Pour justifier votre capitulation, vous feignez de tenir le grand mamamouchi pour un « homme de gauche », « socialiste » de surcroît, contre l’évidence de tous ses choix politiques, sinon de « gestion » comme on dit, contre l’avis même du Parti socialiste dont il ne cesse de dénoncer la politique quand elle se donne pour une politique de gauche, et de mépriser sa dirigeante actuelle quand elle ose lui dire son fait. Pour justifier votre palinodie, vous avez dû mettre en stand by dans votre discours public et, peut-être même dans l’opacité de votre mémoire ce que le vieux mandarin de Montpellier n’a cessé de déclarer, tantôt pour flatter cyniquement les pires tendances latentes qui sont le résultat des idéologies réactionnaires en miettes qui peuplent sédimentairement l’inconscient des gens, tantôt pour s’ériger en chef de bande à qui on ne la fait pas. Echos qui sont à mettre dans toutes les mains et dont je ne fais ici que citer quelques bribes dont je n’oublie jamais rien : « on s’en fout des agriculteurs,  on s’en fout », « les catalans, ils me font chier(…) ils en reprendront pour six ans ! », « alors moi, j’adore les juifs, je les aime (…) mais à propos de la cuisine kacher « dégueulasse » ils sont « têtus comme des bourriques » (…) « les juifs, c’est un peuple (sic) qui est extraordinaire, etc. », ceux qui protestent contre Agresco, même s’il s’agit du parti socialiste, sont « antisémites », « Fabius, celui qui n’a pas une tronche très catholique » (commentaire linguistique à l’appui), « les harkis, des sous-hommes », « les anglaises, j’en ai baisées une quarantaine (…) elles baisent comme des savates », « les gens ne fonctionnent pas avec leur tête mais avec leurs tripes », « les cons sont majoritaires et moi j’ai toujours été élu par une majorité de cons  et ça continue », « des gens intelligents, il y en a 5 à 6% , il y en a 3% avec moi, 3% contre, je change rien du tout. Donc je fais campagne auprès des cons et là je ramasse des voix en masse », « qui c’est qu’a fait l’Algérie, c’est nous ; la plupart des algériens sont analphabètes », « les cons sont cons et en plus ils sont bien dans leur connerie. Pourquoi les changer … ? » « trop de blacks dans l’équipe de France », « les luthériens ( ?) ont voté pour Hitler, les calvinistes ( ?) en France ont résisté », « moi quand je vais en Norvège, j’amène mes boîtes de conserve, un je fais des économies, deux, je bouffe correctement », « Blanc, c’est ta dernière réunion, donc j’ouvre les cordons de la bourse », « j’avais promis un lycée à mon ami, le maire de…, il est mort, je refilerai le lycée à d’autres » : en voulez-vous plus ? Alors lisez Arturo Ui de Bertold Brecht ! Vous y verrez comment l’acte peut métaphoriquement suivre la parole. Mais pour aller voter pour l’Arturo de la Région LR , n’oubliez pas de mettre votre mouchoir devant le nez.

Je connais évidemment votre justification « politique » (si l’on ose dire) : ne pas se séparer du gros des dirigeants et des troupes socialistes dans le Gard et dans la Région qui, majoritairement, paraissent suivre sans barguigner celui qui les considèrent comme un ramassis de cons, ne pas insulter l’avenir qui sera au « regroupement », à la « fédération » des bonnes volontés démocratiques, nécessaires aux combats de demain. Mais qu’aviez-vous à accrocher votre carriole branlante au convoi présidentiel du grand tatou, déjà bien assuré d’arriver triomphant en gare de Montpellier où l’attendra, hilare, comme sur la photo, le sieur Gayssot toujours si fier de sa félonie ? Croyez-vous que le patron vous en sera reconnaissant ? Que nenni ! Et d’ailleurs pourquoi le serait-il ? Les monarques et les potentats, sans exception, Alexandre, Louis XIV, Napoléon, Staline, et tutti quanti méprisent toujours ceux qui les servent : lisez Rousseau, si actuel. Et ne comptez pas plus sur les successeurs désignés (Bourquin, Alary) quand ils seront aux commandes à la suite de Frêche : formés comme ils le sont à la tripatouille et à la ratatouille monarchique, quand vous tendrez le bec, ils vous enverront lécher le bas du dos de leurs convives. Vous vous imaginez encore force d’appoint, vous ne serez que des supplétifs inutiles, venus à la soupe les derniers. Mais vous aurez ingurgité sans honte les paroles infectes du diarrhéique verbal de l’Hôtel de région. Bon appétit, chers camarades !

Mesurez cependant, vous, Clary, Malavieille, Bastid, et les 103 autres qui vous accompagnent, ce que vous avez déjà perdu par votre appel inconsistant : une part considérable de votre crédit politique, un morceau entier de votre autorité morale. En vous affaiblissant, vous affaiblissez aussi le parti qui vous fit confiance : j’espère que lui s’en remettra mieux que vous, mais je n’en suis pas assuré parce que les temps crépusculaires que nous vivons, à l’image de ceux qui marquaient l’antiquité tardive, ne laissent guère le loisir d’imaginer le mieux. En tout cas, d’autres que moi qui suis un infatigable vieil homme, arrivé au terme de sa vie, sauront s’en souvenir.

L’avenir est une longue patience : il n’est donné à personne de croire qu’il lui appartient par nature ou vocation.

Bien à vous,

Claude Mazauric (19-03-2010) 

Publié dans Elections régionales

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Armand Vielles 20/03/2010 18:15


Freche n'est pas parfait mais rappelons que :

- 98 % des projets régionaux ont été votés par les Elus communistes Liberti et autres ...

- 98 % des projets communautaires menés par Freche ont été votés par les Elus communistes qui appellent à l'abstention dont Revol

Je commence à regretter mon vote front de gauche au 1er tour ... Notamment quand je constate que vous aviez prevu de vous allier avec les traitres Cavard et Flak.

A ben leu